Le plan de développement de Sonelgaz, dans sa configuration actuelle, est-il à même de lui permettre de satisfaire les besoins nationaux en électricité ?
Vos deux questions sont étroitement liées dans la mesure où le plan de développement dépend essentiellement des prévisions de croissance de la consommation électrique. Et en Algérie, la consommation électrique croit de façon substantielle d’année en année, 6% en moyenne entre 2001 et 2006.
En décembre 2007, l’Opérateur Système a enregistré une puissance maximale appelée de 6411 MW. C’est un appel record. Il est en évolution de près 9,46% par rapport au record précédent à la même période de l’année 2006. En puissance, cela veut dire que Sonelgaz a couvert une demande de près de 554 MW supérieure à celle enregistrée en 2006, soit la puissance nécessaire à l’alimentation d’une ville comme Alger intra-muros. Ceci renseigne sur le volume de puissance que nous devons garantir annuellement et sur le volume d’investissement nécessaire.
Il ne s’agit pas seulement d’apporter de nouvelles capacités, notre plan de développement doit tenir compte de l’état actuel de notre parc de production qui, vous le savez, est très vieillissant.
Une partie du parc de Sonelgaz à plus de vingt ans d’âge, certaines turbines tournent depuis trente ans ! Il s’agit à la fois de remplacer le parc que nous devons absolument déclasser et réussir le pari de garantir l’approvisionnement futur en électricité en harmonie avec le développement en parallèle d’un réseau très haute tension en technique 400 kV en mesure de transporter l’énergie sur tout le réseau interconnecté.
Vous confirmez bien que les investissements engagés courent après la demande domestique ?
Non nous ne courrons pas après la demande, mais nous la précédons ! Assurer le service public, c’est accepter de dimensionner son parc et son réseau de façon à couvrir une demande de pointe qui ne dépasse généralement pas une heure de temps et qui est générée essentiellement par la clientèle domestique pour les besoins d’éclairage… Pour ce faire, nous avons déjà trois centrales de type cycle combiné d’une puissance totale de 1200 MW chacune qui sont déjà engagées en partenariat pour un montant d’investissements de l’ordre de 5,2 milliards de dollars. Il reste qu’en matière de réalisation d’ouvrages électriques, les délais sont décisifs. Si la demande est là, l’offre doit suivre simultanément et tout retard dans la réalisation peut avoir des conséquences fâcheuses sur la qualité de service. Ceci explique pourquoi, en attendant la mise en service à l’horizon 2012 des deux méga-centrales de Terga et de Koudiet Eddraouch (d’une puissance totale de 1200 MW chacune,ndlr), Sonelgaz a dû mettre en œuvre un imposant plan d’urgence afin de couvrir la demande à l’horizon 2009-2010,. Grâce à ce plan, le parc de production sera rénové et consolidé de 2000 MW avec la réalisation de sept centrales turbines à gaz réparties sur tout le nord d’Algérie et dont la mise en service est prévue entre février et septembre 2009.
Sonelgaz a lancé, pour financer son plan de développement, un grand emprunt obligataire. L’augmentation des tarifs d‘électricité est également annoncée comme une véritable nécessité pour le financement de ce plan. Qu’en est-il des contraintes de financement des investissements de Sonelgaz ?
Les emprunts obligataires et les prêts bancaires ne financent qu’une partie de notre plan. Le reste doit être assuré par l’Etat pour les programmes de développement qu’il impose et par un autofinancement des filiales de Sonelgaz. A ce propos, il faut bien voir de quoi il s’agit. Selon des prévisions récentes, la demande en énergie électrique en Algérie devrait passer de 31 000 GWh en 2007 à plus de 55 515 GWh en 2016. Dans la même proportion, le nombre de clients passera de plus de 6 millions en 2007 à près de 8 millions en 2016. Pour couvrir cette demande d’ici 2017, les investissements en production de l’électricité s’élèveront à près de 12,3 milliards de dollars. Sonelgaz devrait y participer à hauteur de 5 milliards de dollars. Et comme je vous l’ai déjà dit, les investissements en production, à elles seules, ne suffisent pas. Il faut en permanence investir dans l’exploitation, la maintenance et le développement du réseau. Sachez donc qu’à l’horizon 2017, les investissements en transport et en distribution de l’électricité et du gaz seront bien supérieurs à ceux de la production. En somme, le montant global des investissements prévus d’ici 2017 est de l’ordre de 2111 milliards de dinars, soit pas moins de 30 milliards de dollars. En fait, nous n’avons pas de contraintes de mobilisations de financements, cependant, il faut à moyen et long terme procéder aux remboursement des prêts contractés ce qui implique une solution durable qui ne peut-être que l’augmentation des tarifs ou des subventions de l’Etat conformément aux dispositions de la loi qui régit le secteur de l’Electricité et de la Distribution du gaz par canalisations.
Sonelgaz a le profil d’un champion régional de la fourniture d’électricité. L’interconnexion des réseaux d’électricité des pays du Maghreb n’est elle pas très en deçà de la maturité du marché ?
Au sein du Maghreb, des liens traditionnels existent de longue date en matière de coopération dans le domaine de l’énergie électrique. Cet ensemble est interconnecté à l’Espagne via le Maroc et donc à l’Union Européenne depuis 1996.
Il est vrai que notre système électrique est très important comparé à nos voisins. Ceci est essentiellement dû à la grande superficie de l’Algérie et à la densité de la population. Nous disposons bien d’un réseau de transport d’électricité long de 19 000 Kms dont 1 282 Kms en technique 400 kV.
Ceci dit, nous ne pouvons pas soutenir que les interconnexions avec les pays voisins soient en deçà de la maturité du marché. Au contraire, les pays du Maghreb ont bien avancé sur cette voie. La réalisation de la dorsale demande de lourds investissements, des délais relativement longs et beaucoup d’expertise puisqu’il s’agit du palier 400 kV. La dorsale 400 kV qui reliera l’Algérie à la Tunisie et au Maroc et, par conséquent, à l’Europe sera très bientôt opérationnelle.. 2008 verra la consistance du réseau 400 kV évoluer de près de 40%. Ceci nous permettra de renforcer davantage l’interconnexion. La tenue de la fréquence sera mieux assurée, la participation aux réserves et les échanges commerciaux se développeront.
La ligne 400kV Jendouba - El Hadjar pour ce qui est de l’Interconnexion Tunisie – Algérie est prête depuis 2003 du côté algérien et depuis 2005 côté Tunisien. De même, la ligne 400kV Bourdim – Hassi Ameur qui va renforcer l’interconnexion avec le Maroc est tout aussi prête. En mai prochain sera livré la ligne 400 kV Ouallili – Metmata qui assurera ainsi la continuité du réseau 400kV au Maroc et permettre des échanges plus conséquents.
En ce qui concerne le prolongement des réseaux vers la Libye, nous devrions dès le deuxième semestre de l’année 2008 envisager de faire un deuxième test pour la liaison Tuniso-libyenne. S’il est concluant, nous aurions alors réalisé un véritable ensemble électrique maghrébin avec suffisamment de marge pour permettre des échanges structurés.